2e portrait d’un jeune organiste

Découvrez Joonho Park, jeune talent de l’orgue

Joonho Park a déjà un parcours très riche. Formé à l’université nationale coréenne des arts (KNUA) dont il ressort diplômé et à la Staatliche Hochschule fûr Musik de Stuttgart où il obtient une maîtrise d’excellence à l’unanimité, il poursuit actuellement ses études au Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse dans la classe de Michel Bouvard. Sa participation au 7ème moment musical du Taur est l’occasion de lui poser quelques questions.

1/ Racontez-nous votre histoire avec l’orgue. Comment et pourquoi avoir choisi cet instrument ?

Il n’y a pas vraiment de raison précise au fait d’avoir choisi l’orgue à l’adolescence. Cet instrument m’a attiré de manière naturelle et instinctive.

Lorsque j’avais 15 ans, l’organiste renommé Jean Boyer était en visite à Seoul, en Corée. Je me souviens bien de son aura musicale, qui s’accordait totalement avec l’orgue. Ce concert marque je pense le premier moment qui m’a fortement motivé à jouer de l’orgue.
Aujourd’hui, je pense pouvoir dire ce qui m’a plu dans cet instrument. Avant tout, l’orgue a une grande variété de types et de « formes » de sonorités : des tons très hauts et très bas, très fins ou massifs... En jouant de l’orgue, on fait l’expérience d’un éventail sonore en un seul instrument.
Ensuite, l’orgue peut être joué de manière continue, de manière éternelle, tant que le vent est là et que les touches sont appuyées. Alors que l’être humain, la vie, a des limites temporelles. Il me semble que l’orgue existe au-delà des frontières. Enfin, l’orgue a sa propre histoire. Un orgue, qui existe depuis plusieurs siècles porte les marques de son histoire. Cela nous dévoile les goûts d’une époque donnée et nous permet d’écouter ce que l’on aimait entendre en ces temps-là.

2/ Quelle est la place de l’orgue en Corée ?

La Corée a été très influencée par le travail des missionnaires européens et par l’Amérique au XIXe siècle. Le christianisme a une place très importante dans notre société. L’orgue est un instrument de longue tradition et d’histoire. Aujourd’hui, en Corée, nous avons bien plus d’orgues qu’il y a quelques décennies mais nous manquons encore d’orgues de grande qualité. Quoiqu’il en soit, l’orgue se trouve dans les églises. C’est sa « place ».

3/ Pourquoi avoir choisi Toulouse pour vos études ?

D’abord à cause des magnifiques instruments qui font le patrimoine de cette ville - je pense particulièrement au Cavaillé-Coll de Saint-Sernin. C’était mon rêve de le voir et d’y jouer. Donc je suis en train de vivre « mon rêve toulousain » ! Le fait que Toulouse possède de nombreux orgues de grande qualité et que les étudiants puissent jouer dessus était une autre motivation. J’ai toujours désiré jouer sur des instruments tous différents les uns des autres. Je suis un amateur de musique française mais je n’avais jamais eu d’enseignant français auparavant. Nul besoin je suppose de vous dire mon plaisir aujourd’hui avec le formidable Michel Bouvard.

J’ai aussi choisi de venir à Toulouse car j’étais vraiment intéressé par la langue française. Mais comme je passe finalement bien plus de temps à jouer de l’orgue, il me faudrait des journées qui durent plus que 24 heures !

4/ Quel est votre orgue préféré à Toulouse et pourquoi ?

C’est vraiment une question très difficile. J’ai quand même envie de répondre Saint-Sernin. Cet instrument possède un équilibre incroyable : entre les jeux manuels et les jeux de pédale. Les chamades aussi sont très belles. Et bien que l’acoustique de Saint-Sernin soit « énorme », la clarté du son est magnifique.

5/ Aviez-vous entendu parlé du Festival Toulouse les Orgues avant d’arriver à Toulouse ?

Oui bien sûr. Avant d’arriver ici, j’avais aussi entendu que Toulouse possédait un grand nombre de très beaux instruments ; et bien que je n’aie pas visité toutes les villes d’Europe, je comprends maintenant pourquoi Toulouse est appelée « La ville des orgues ». Les toulousains, les voyageurs et organistes du monde entier peuvent apprécier la plus belle musique d’orgue avec ces instruments. Et le Festival Toulouse les Orgues représente un événement d’orgue idéal pour tous les organistes du monde.

6/ Racontez-nous votre meilleur souvenir avec l’orgue.

En jouant de l’orgue, je comprends parfois pourquoi je respire. « Jusqu’à présent, je vivais. Maintenant, j’ai le sentiment d’exister. » Mon meilleur moment avec l’orgue, ce n’est pas forcément quand je joue sur un grand orgue en concert, mais plutôt lors de ma pratique personnelle quotidienne.

7/ Que souhaitez-vous à l’orgue pour le futur ?

J’aimerais que beaucoup de gens découvrent la beauté de la musique d’orgue, surtout en Corée. Qu’ils entendent les messages que contient la musique. La musique nous encourage et apparaît comme une consolation dans nos vies. C’est mon expérience et je pense que c’est pourquoi la musique est indispensable.

8/ Parlez-nous de vos projets à venir ?

Quelques concerts sont prévus à partir de cet été et je me produirai dans différents lieux et festivals : au Westinster Abbey de Londres, au Stiftskirche in Stuttgart in Buxtehude à Berlin, à Toulouse les Orgues (Nuit de l’orgue, scène des jeunes talents), à Saint-Tropez et à Cannes, à Tokyo ainsi qu’à Seoul.