4e portrait d’un jeune organiste

Damien Naud

Damien Naud a un parcours riche : étudiant d’orgue en cycle pré-spécialisé, organiste titulaire de Saint-Savin, professeur assistant de Stéphane Bois, fondateur de l’Association des Amis de l’orgue renaissance de Saint-Savin, il vient de finir une licence en médiation culturelle et communication à Toulouse et s’apprête à commencer un master en administration et gestion de la musique à La Sorbonne.

Il est également l’un des fondateurs du jeune ensemble "Mystère", un ensemble à entendre jeudi 30 juillet à 20h30 à l’Abbatiale de Saint-Savin, pour "une soirée musicale chez Dietrich Buxtehude".

Cet événement est l’occasion d’interroger Damien Naud :

1/ Racontez-nous votre histoire avec l’orgue, comment et pourquoi avez-vous choisi cet instrument ?

J’ai rencontré l’orgue en vacances. Mes parents, un peu par hasard, m’avait emmené à un concert à la cathédrale d’Annecy. Je devais avoir 9 ou 10 ans et j’ai le souvenir d’avoir découvert un buffet énorme avec de multiples possibilités de sons. L’instrument m’a fasciné. J’ai commencé à jouer de l’orgue plus tard, avec mon professeur de piano qui s’avérait aussi être professeur d’orgue. Cela m’a permis de jouer directement sur un vrai orgue !

2/ Vous avez fondé l’Association des Amis de l’orgue renaissance de Saint-Savin, quel est son objectif ?

J’ai créé l’association avec un ami, Matthieu Boutineau (organiste et claveciniste qui jouera au prochain festival TLO pour un concert de musique de chambre), quelques années après mon arrivée dans la région parce qu’il n’y avait rien qui existait encore à ce moment là. L’orgue avait été restauré mais ne servait que pour la messe le dimanche. J’ai eu envie de monter des animations autour de cet instrument historique (XVIe siècle).
D’ailleurs, le prochain événement à l’initiative de l’association et du label Encelade est l’enregistrement d’un disque par les Witches (avec Freddy Eichelberger à l’orgue) et ça promet un grand moment. Je pense que cela participera à la valorisation nationale de l’instrument.

3/ Vous connaissez bien les orgues toulousains, quel est votre préféré et pourquoi ?

Sans hésitation l’orgue des Augustins. D’abord car c’est celui qui correspond le mieux à mon répertoire de prédilection (XVIe et XVIIe siècle), et ensuite car le cadre est magnifique. Quand on rentre dans le cloître, on n’est plus à Toulouse. On a une vraie sensation de paix, de calme alors qu’on est en plein cœur de la ville… Il y a une très grande acoustique et l’orgue est très beau. C’est un instrument qui nous apprend beaucoup au niveau du jeu. C’est lui qui va dire à l’organiste comment jouer et pas l’inverse. Il nous forme à avoir beaucoup de modestie et à se remettre en question.
Et puis les Augustins pour moi, c’est aussi Jan Willem Jansen. Ils sont indissociables et Willem sait magnifiquement bien faire sonner cet orgue.

4/ On dit de Toulouse qu’elle est la capitale européenne de l’orgue, qu’en pensez-vous ?

Je suis d’accord ! A Toulouse, on a vraiment la chance d’avoir trois professeurs géniaux au conservatoire. Je comprends pourquoi les étudiants français ou étrangers (Japon, Amérique du sud, Allemagne, Suisse, Autriche, Italie, Espagne) en orgue voient Toulouse comme le passage obligé de leur apprentissage. Ce qui fait la grande richesse de cette ville, ce sont ces trois professeurs, ses orgues (on a, à Toulouse, un panel d’orgues historiques que beaucoup de villes ou pays nous envie) et les titulaires des orgues, qui sont vraiment présents, je pense en particulier à Matthieu de Miguel qui donne vraiment de son temps pour faire découvrir l’orgue de la Dalbade. C’est en tout cela que l’on peut affirmer que Toulouse est la capitale européenne de l’orgue.

5/ Que souhaitez-vous à l’orgue pour les années à venir ?

Je souhaite vraiment qu’il continue à traverser les siècles. Aujourd’hui plusieurs facteurs d’orgues mettent « la clé sous la porte » (dernièrement, une grande entreprise française a fermé). Si il n’y a plus personne pour les entretenir et les construire, ils risquent de disparaître.

Outre cela, si il y a bien une chose qui pourrait me faire plaisir, ce serait que l’on change cette image négative de l’instrument. L’orgue, ce n’est pas triste, ce n’est pas morbide et ça ne fait pas référence à la religion. Certes il est placé dans les églises, mais c’est parce que c’est la meilleure acoustique que l’on puisse avoir aujourd’hui puisqu’aucune salle de concert n’accueille un orgue. Malgré le superbe patrimoine que nous possédons, on est l’un des seuls pays à ne pas avoir cette « culture de l’orgue » dans les salles de concert. En Angleterre, en Espagne ou encore aux États-Unis, les gens se déplacent pour écouter de l’orgue dans une salle de concert. Mais on peut tout de même souligner que la Philharmonie de Paris s’est doté d’un nouvel instrument. Espérons qu’il y ait des concerts d’orgue !

La meilleure chose qui puisse se passer, c’est que la nouvelle génération d’organistes prenne son bâton de pèlerin et aille à la rencontre des gens. Il faut adapter le discours et montrer que l’orgue n’est pas réservé à une élite. On peut arriver à l’orgue par des moyens autres que par le répertoire conventionnel. Il y a des gens qui vont y être amené par l’orgue Hammond (l’orgue de jazz), d’autres par l’orgue Wurlitzer, l’orgue de cinéma que l’on trouve aux Etats-Unis et par ce biais vont découvrir les œuvres de Bach, Franck etc.