Deux orgues-table invités au Festival

Des instruments originaux réunis pour la première fois à Toulouse

On les appelle « régales », « orgues dans une table « orgues en table ». Ces claviers originaux seront disposés dans l’église de St. P. des Chartreux. Le temps d’un après-midi baroque, ils seront joués puis présentés par un musicologue et le facteur-restaurateur de l’un des instruments. Une première.

Après un concert de musique baroque mêlant viole, voix, violon et clavecin, quelques pièces choisies feront entendre les sonorités particulières de ces instruments. Le facteur d’orgues Michel Formentelli, qui a restauré l’un des instruments construit au 18e siècle par J.B. Micot, et l’organiste et musicologue Peter Weinmann raconteront au public l’histoire et la restauration de ces orgues originaux. Virgile Bardin, facteur du second instrument, pourra également répondre aux questions des festivaliers.

L’ORGUE EN TABLE : UN PETIT ORGUE AVEC DES ATOUTS 

L’« orgue en table », terme qui désigne une petite régale encastrée dans une table, a connu une carrière courte mais prestigieuse allant de la moitié du 18e siècle jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Son rôle non négligeable dans l’histoire de la musique a été de permettre à l’orgue de sortir de la sphère religieuse pour entrer dans les salons, d’abord de l’aristocratie, avant de se retrouver dans des maisons bourgeoises ou même plus modestes.

Quand il commençait à rédiger son Art du facteur d’orgues, Dom Bedos ne pensait pas se pencher sur des orgues autres que liturgiques. Le savant bénédictin a dû se raviser et ajouter une quatrième partie à son ouvrage, consacrée aux instruments de salle de concert, de salon ou de chambre. Les orgues en table sont les plus petits de cette catégorie : ils « servent à un amusement gracieux dans une chambre. On verra qu’ils sont d’autant plus agréables qu’ils ne tiennent aucune place dans un appartement ». L’astuce est que tout est caché dans une table et que l’on « ne devine pas même en la voyant que ce soit un Orgue », un tour de force qui contribue sans conteste à son succès auprès du public. Et puis, un autre argument de vente, plus fort encore, que Dom Bedos n’ose pas mentionner : lassé de musique, il suffit à l’utilisateur de fermer le couvercle pour passer au jeu de cartes, et inversement. Il est certain que la reine Marie Leszczinska était sensible à cet aspect. C’est grâce à elle que l’orgue en table est sortie de l’ombre pour connaître un succès fulgurant dans les salons de Versailles, de Paris et du royaume entier.

Mais qui a inventé cet instrument ? Il n’y a pas longtemps que nous le savons. C’est le facteur d’orgues lyonnais Jean-Baptiste Micot (1712-1784) qui réunit génie de l’invention, soin minutieux dans la facture, et une bonne intuition de ce qui peut plaire à une clientèle éprise d’amusement et de raffinement. À Lyon, en 1745, il attire l’attention du compositeur Joseph de Mondonville, musicien du roi, qui l’introduira à la cour : voilà Micot devenu « officier de la Reine ». À partir de 1751, il fournit des orgues en table à la Reine, à la Dauphine, et « aux principales Personnes de la Cour » comme la Pompadour. À la fin de sa vie, Micot déclare en avoir construit « plus de deux cents » : une production considérable, sans parler des facteurs qui l’ont copié.

Que sont devenus tous ces instruments ? Pour la plupart, ils sont détruits, d’autres disparus, transformés, muets… on les a bien oubliés pendant des siècles, au point de ne plus avoir idée de leur sonorité. Aujourd’hui, il existe encore une quinzaine d’orgues en table dispersés dans le monde, mais très peu sont en état de marche. Le seul instrument attribuable à Jean-Baptiste Micot, restauré et remis en état de marche par le facteur d’orgues Michel Formentelli, est présenté au public en octobre 2017, à l’occasion de Toulouse les Orgues.

Après la période parisienne, Jean-Baptiste Micot descend dans le Sud-Ouest et s’installe en 1758 à Toulouse : son atelier se trouve alors à côté de Saint-Sernin. Il y construit et répare des orgues d’église, mais n’abandonne sans doute pas la construction des orgues en table. Le musée Paul Dupuy de Toulouse en garde un souvenir précieux dans ses réserves : un orgue en table provenant de l’ancien fonds du conservatoire de Toulouse. Le pédalier et la soufflerie ont été transformés au 19e siècle, il ne sonne plus, mais tout le matériel sonore est parfaitement conservé et sans aucun doute de la main de Micot.

texte de Peter Weinmann


régale du Musée Paul Dupuy de Toulouse

> concert Les Menus plaisirs de la reine
> concert la viole du Diable

En savoir plus :
Ouvrage de Peter Weinmann "Jean-Baptiste Micot inventeur / de l’orphéon organisé aux orgues en table" - éditions À la coquille