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Albi - - Église Saint-Salvy

 
Puget (1830)
Jean-Claude Guidarini
Grand-orgue
Le nom de Puget est encore, pour nombre d'amateurs et d'érudits, celui d'un facteur plutôt décadent, auteur d'un certain nombre de grosses machines sonores, lourdes et bruyantes, et qui ? pêché suprême ? ne sut résister aux charmes de la fée « pneumatique ? et du zinc électrolytique ! Si d'autres savent qu'il s'agit non point d'un facteur isolé mais d'une dynastie de facteurs, ils confondent volontiers Théodore avec Eugène, Baptiste avec Jean-Baptiste, Jean-Baptiste avec Théodore (il est vrai que celui-ci signait ses devis du prénom de son père), ou Maurice avec son père... un vrai méli-mélo !Théodore Puget (1799-1883), ouvrit un atelier de facture d'orgues à Toulouse en 1834, atelier qui devait devenir dès 1866 la « Manufacture d'orgues Théodore Puget et Fils ?. S'il n'avait pas l'expérience et la renommée de la famille Cavaillé dont hérita Aristide, il possédait deux qualités essentielles : il était organiste et ne se satisfaisait jamais des acquis, toujours à la recherche de quelque perfectionnement, talents qu'il devait transmettre à ses enfants.On peut mesurer le parcours effectué par cet autodidacte en examinant l'instrument construit en l'église Saint-François de Lavaur en 1866. Alors que Cavaillé-Coll place dans le même temps, tout près de là, dans la grande église de Rabastens, un orgue avec récit et pédalier incomplets, Théodore livre un instrument complet riche des qualités qui allaient devenir des marques de fabrique chez les Puget. On relèvera le soin apporté à la réalisation des mécaniques, plus souples que celles de son concurrent, à la recherche de sonorités typées, telle cette Montre de grosse taille aux bouches très larges et très basses, ces flûtes carillonnantes dans les dessus, ou encore ce Cor Anglais au clavier de Récit, qui, après plus de 130 ans, permet encore les triples croches jusque dans sa deuxième octave, se plaçant sur ce point au niveau des meilleures réalisations d'un Walcker ! Ajoutons qu'un certain nombre de tuyaux d'anches et de fonds de cet orgue coupé au ton, n'ont précisément jamais été coupés et sont encore tels qu'ils sont sortis des mains du tuyautier... Certains y verront le fruit du hasard, d'autres la preuve d'une grande maîtrise des techniques de construction et d'harmonisation des tuyaux.En 1877, Eugène Puget (1838-1892), lauréat du Conservatoire de Toulouse, succède à son père. En 1878, il termine l'orgue de Notre-Dame du Taur à Toulouse : 3 claviers et le pédalier, 40 jeux répartis en 3 buffets, 157 tuyaux parlants en montre formant une façade de 21 mètres, 2 boites expressives, 5 machines Barker, plus de 800 soupapes, 6 réservoirs qui, gonflés, ne s'étaient vidés que des 2/3 après dix minutes (cf. rapport de réception), 2 371 tuyaux d'étain fin et de bois, de dimensions généreuses et à l'harmonie riche et puissante. Eugène Puget venait de réaliser un instrument « des plus remarquables du Midi ? et de se hisser au niveau du grand Cavaillé-Coll. On lui doit également les superbes instruments de Saint-Amans de Rodez (1883), Saint-Aphrodise de Béziers (1886) et Notre-Dame de la Dalbade à Toulouse (1888).À la mort d'Eugène, son frère Jean-Baptiste (1849-1940), administrateur et dessinateur des orgues de la manufacture, prend les rênes de celle-ci, et lui fait adopter le nouveau système pneumatique tubulaire de Weigle. Le premier instrument voit le jour en l'église de Lautrec (Tarn) en 1893. Ami du docteur Gabriel Bédart ? ardent propagateur de l'orgue orchestral qui fait alors fureur outre-Atlantique ? il va doter ses instruments des nouvelles sonorités de Diapason, Clarabella, Salicet, Stentor, Tuba-Magna..., et le zinc y fera son apparition. En 1903, il reconstruit l'orgue de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi : 4 claviers, 74 jeux, double 32 pieds à la pédale, 16 pieds de fonds et d'anches aux 3 claviers principaux, une grande variété de couleurs de fonds et d'anches complétées de quelques rares mutations. L'instrument apparaît alors comme le plus moderne de France et donnera à l'entreprise provinciale une dimension nationale.En 1922, Jean-Baptiste cède la manufacture à son fils Maurice (1884-1960), premier prix de solfège, de piano et d'orgue du Conservatoire de Toulouse. Celui-ci poursuivra l'oeuvre de son père, intégrant à ses instruments de nombreux jeux de mutation se conformant à la nouvelle mode néoclassique dont Victor Gonzales se fit le champion. Faute de moyens, obligé de travailler à l'économie, il n'hésitera pas à utiliser tubes de gaz et dédoublements à outrance dans ses nouveaux instruments, ce ne sera certes pas là son plus grand titre de gloire ! Il était en revanche excellent harmoniste, maîtrisant parfaitement les jeux d'anches, génial pour les flûtes et les couleurs de mutation. Il assura, entre autres, les reconstructions des orgues des cathédrales de Perpignan, Montauban et Narbonne et celle, en 1930, de l'orgue de l'église Saint-Salvy d'Albi.Construit dans un buffet de 1737 et réutilisant une partie de l'orgue attribué à Christophe Moucherel, l'orgue de Saint-Salvy dispose d'une quarantaine de jeux réels qui en forment soixante par dédoublement et par extension.Vouloir découvrir cet instrument et son univers sonore suppose d'arriver avec des oreilles vierges et l'esprit ouvert. Sans quoi, à l'instar de certaines oeuvres méprisées un temps et redécouvertes plus tard, l'orgue Puget restera pour l'instant incompris. Trouvera-t-on vulgaire la sonorité mordante et puissante du Diapason ou du Principal, trop douce celle du Prestant, ridicule celle des mutations et du plein-jeu, inadaptée celle du Cromorne ? Il ne s'agit certes pas ici de rechercher les couleurs du Gros Nasard et de la Grosse Tierce de la basilique de Saint-Maximin du Var, du Cromorne de la cathédrale de Poitiers et des plein-jeux de Saint-Jacques de Hambourg. Les couleurs de l'orgue de Saint-Salvy sont par contre celles qui ont su inspirer un Charles Tournemire, un Jehan Alain ou un Olivier Messiaen.Cet orgue est fatigué, empoussiéré, le ventilateur ne fournit pas une pression suffisante pour assurer un fonctionnement correct de la transmission. Il faudra être indulgent ! Un tel témoin d'une esthétique méritera un jour d'être scrupuleusement relevé et remonté tel quel, sans altérer l'harmonie d'origine. Prenons garde, en tous cas, à préserver même ce que nous ne comprenons pas... ou pas encore. Ainsi, n'a-t-on pas laissé partir un peu vite en Suisse l'orgue de la famille Alain, jugé alors peu digne d'intérêt? Cet orgue est aujourd'hui devenu instrument historique, et l'on vient de fort loin pour y redécouvrir l'oeuvre de Jehan Alain dans ses couleurs originales. À l'heure où allemands, hollandais et américains s'intéressent de très près à ces esthétiques, l'orgue de Saint-Salvy reste dans notre région, si riche en instruments de styles et d'époques différents, le dernier témoin de la première manière néoclassique française. Il est de notre devoir de le conserver !
Grand-Orgue

do1 à sol5 56 n.

Montre 16'
Bourdon 16'
Diapason 8'
Flûte traversière 8'
Bourdon 8'
Gros Nasard 5 1/3'
Prestant 4'
Flûte bouchée 4'
Grosse Tierce 3 1/5'
Nasard 2 2/3'
Doublette 2'
Tierce 1 3/5'
Fourniture III - V
Grand Cornet V
Trompette 8'
Clairon 4'
Positif expressif
do1 à sol5 56 n.
Quintaton 16'
Principal 8'
Flûte d'orchestre 8'
Bourdon 8'
Salicional 8'
Unda Maris 8'
Flûte douce 4'
Flûte à cheminée 4'
Nasard 2 2/3'
Doublette 2'
Tierce 1 3/5'
Larigot 1 1/3'
Trompette 8'
Cromorne 8'
 
Récit expressif

do1 à sol5 56 n.

Flûte douce 16'
Diapason 8'
Flûte harmonique 8'
Cor de nuit 8'
Viole de Gambe 8'
Voix céleste 8'
Flûte octaviante 4'
Quinte 2 2/3'
Octavin 2'
Tierce 1 3/5'
Piccolo 1'
Cornet V
Carillon IV
Bombarde 16'
Trompette 8'
Hautbois-Basson 8'
Voix humaine 8'
Clairon 4'
Pédale

ut1 à sol3 32 n.

Quintaton 32'
Flûte 16'
Soubasse 16'
Flûte 8'
Basse 8'
Violoncelle 8'
Grande Quinte 5 1/3'
Flûte 4'
Bombarde 16'
Trompette 8'
Clairon 4'
 
Accessoires

Tirasses: GO, Pos, Réc
Anches: Péd, Go, Pos, Réc
Expressions: Pos et Réc
Appel GO
Pos / GO
Réc / GO
Réc / Pos
Octaves graves GO
Crescendo / Descrescendo
Trémolo Pos et Réc