Hautes-Pyrénées

Basilique Saint-Sernin

Le grand orgue
Cavaillé-Coll

La basilique Saint-Sernin abrite un des chefs-d’oeuvres absolus de la facture d’orgue française du XIXe siècle ; cependant, l’histoire de l’orgue de Saint Sernin commence bien avant Cavaillé-Coll.

Le buffet actuel conserve la disposition et des éléments du XVIIe siècle. En effet, Robert Delaunay fut appelé en 1672 à construire un orgue neuf, semblable à celui des Jacobins, aujourd’hui à Saint-Pierre des Chartreux. Le devis est Établi en 1674. La partie instrumentale fut entièrement reconstruite en 1845 par la maison Daublaine et Callinet. Le buffet est alors modifié pour atteindre les proportions que nous lui connaissons avec 10,30 mètres de hauteur et 8,70 mètres de largeur. L’orgue neuf est un 16 pieds avec 3 claviers, 47 jeux avec une bombarde de 32 pieds rÉels. Le 8 avril 1887, un devis est Établi et un marché signé avec Aristide Cavaillé-Coll. Il reprend l’ouvrage de Daublaine et réutilise une part importante de la tuyauterie pour l’intégrer à un ensemble d’une conception sonore nouvelle. Cet orgue splendide de 54 jeux avec 32 pieds est harmonisé par Félix Reinburg. Il est inauguré par Guilmant le 3 avril 1889.



Widor lui-même n’écrit-il pas ces lignes ahurissantes, dans sa préface à l’Anthologie des maîtres français anciens publiée par Raugel : « Si les vieux maîtres ont laissé le souvenir d’habiles improvisateurs, avouons que leurs compositions ne justifient qu’imparfaitement cet hommage. Mais pour nous l’intérêt est d’assister au développement (voilà le mot !) progressif de notre art, en feuilletant ( !) cette musique qui prépare et annonce l’ère nouvelle, la Symphonie (enfin!). Il serait d’ailleurs fort injuste d’être sévère pour nos ancêtres sans étudier leurs moyens d’action, je veux dire leurs instruments. La pauvreté des uns explique la discrétion des autres. Ventilation défectueuse, accouplements impraticables, pédalier rudimentaire, aucun moyen expressif ( !!), tel était l’orgue du XVIIIème siècle (sic). » Et plus loin, la sentence : « L’idée religieuse, la méditation, la prière s’accommodent mal de la rigidité du tuyau (classique). Quand un siècle plus tard, le son de ce tuyau (romantique) pourra se perdre sous les voûtes profondes de nos cathédrales, emportant vers l’infini nos âmes, alors seulement l’orgue sera l’instrument mystique ». Balzac ou Victor Hugo auraient-ils mieux écrit ? Ainsi va la vie , et ne jugeons donc pas trop Widor, qui considérait en fait les orgues d’Aristide idéaux pour jouer…Bach !



A leur tour, la plupart des orgues symphoniques en Europe seront durant le XXème siècle modifiés, re-harmonisés voire reconstruits, afin de les adapter aux nouvelles exigences musicales des compositeurs, ou simplement des interprètes souhaitant … rejouer la musique ancienne ( !), d’où le mouvement dit néo-classique, qui donnera à son tour les nouveaux chefs-d’œuvre musicaux des Duruflé, Alain, ou même Messiaen. Si certaines réalisations instrumentales ont aussi créé de nouveaux chefs-d’œuvre dans leur genre, le prix à payer a souvent été la perte d’instruments antérieurs plus ou moins parfaits et cohérents, dont beaucoup de Cavaille-Coll.

L’instrument se rattache à l’ultime période créative du génial Aristide Cavaille-Coll, qui a évolué toute sa vie dans la conception de ses orgues, depuis ses débuts révolutionnaires à la Basilique de Saint-Denis (1841) jusqu’aux derniers chefs-d’œuvre, dont Lyon (1880), Caen (1885), Rouen (1890) ou Azcoïtia (1898), en passant par les orgues géants, modèles d’inventivité, de Saint Sulpice (1860, 100 jeux) et Notre-Dame de Paris (1868, 88 jeux). Son projet le plus prestigieux, Saint-Pierre de Rome (1875, 124 jeux sur 5 claviers et pédale) lui sera hélas refusé ; il n’en reste que les plans magnifiques… et un rêve bien romantique, celui « du plus grand orgue du monde pour la plus grande église du monde », un orgue universel réunissant les innovations et les qualités sonores des deux précédents. Parmi les quelque 500 orgues de toute taille produits en 60 ans de carrière par la première grande firme « industrielle » de l’histoire de l’orgue, il faudrait encore citer un grand nombre d’instruments prestigieux qui ont fait sa gloire dans toute la France et l’Europe de son temps : presque tous les grands instruments parisiens, mais aussi de Perpignan à Saint-Omer, de Sheffield à Moscou, d’Amsterdam à Copenhague, en passant par Bruxelles et Gand, Madrid et San-Sebastian…Son catalogue porte aussi les traces de livraisons sur les autres continents, Algérie, Tunisie, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Canada, et même la Chine!