Toulouse

Présentation

Grand Orgue de l’église Notre-Dame du Taur (Toulouse)

Eugène Puget (1880)
Maurice Puget (1939)


3 claviers et 40 registres

Cet instrument a été construit en 1880 par Eugène Puget. À l’époque, il apparaît comme l’orgue le plus novateur et le plus riche de Toulouse, mais aussi de tout le Sud de la France.
Servi par une très belle acoustique, cet orgue se distingue par l’éclat de ses anches et la poésie de ses jeux de fond. Ainsi que le dit Jean-Claude Guidarini, organiste titulaire de l’orgue du Taur : « l’harmonie des fonds est généreuse et sombre, celle des anches de grand chœur d’une puissance et d’une rondeur hors du commun, les timbres de détail sont raffinés, les flûtes, toutes pavillonnées, d’une exquise rondeur ».

Il est idéal pour jouer de la musique symphonique, néo-classique et contemporaine. C’est sur cet orgue qu’a été remporté le Premier Prix du Concours international Xavier Darasse en 2008.
Classé monument historique pour sa partie instrumentale en 1987, il est aujourd’hui l’un des plus remarquables témoins de la facture d’Eugène Puget. Il n’a pas encore eu de grande restauration.

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© Patrick Galibert

Historique

Grand Orgue de l’église Notre-Dame du Taur (Toulouse)

Eugène Puget (1880)
Maurice Puget (1939)


3 claviers et 40 registres

Classé Monument Historique le 25 septembre 1987

L’église Notre-Dame du Taur a été édifiée à l’endroit exact où le corps de Saint-Saturnin s’est détaché du taureau qui le trainait derrière lui. Un oratoire y a tout d’abord été élevé, il conserva les reliques du saint jusqu’en 402, date à laquelle elles sont transférées à la basilique Saint-Sernin. Malgré les 150 ans du corps, la légende raconte que la foule a pu apprécier les « doux effluves » des restes du saint.

L’église actuelle a été construite au 14e siècle sur l’emplacement de l’ancien oratoire. Elle abrite une statue de Notre-Dame des Remparts, déménagée de la place Villenouvelle (actuelle place Wilson) en 1783. On peut y admirer également deux peintures de Bernard Bénézet (1835 – 1897) : le martyre de Saint-Saturnin au-dessus de l’autel et une représentation de la mort de Saint-Joseph dans la chapelle jouxtant celle de l’orgue de chœur.

L’église du Taur possédait à la Révolution un orgue petit huit pieds de 23 jeux répartis sur deux claviers de 50 notes et pédale de 13 notes. L’instrument fut jugé de la plus mauvaise harmonie et indigne de figurer parmi les orgues qui méritent d’être conservées tant par la beauté des buffets, exécution de leur sculpture que par [leur] bonne qualité d’harmonie. (Rapport de Jean-Baptiste Micot sur les orgues de Toulouse, 1796).

D’importants travaux en 1840 et une reconstruction complète en 1860 n’amélioreront guère les choses. En 1875, l’orgue est à nouveau à bout de souffle, les abbés Montagné, Gaussail puis Delpech veilleront à sa reconstruction, rappelant que dans un intervalle de 40 ans à peine l’orgue actuel est le troisième que la fabrique a eu à faire construire et en exprimant le souhait, vu les précautions qui ont été prises, que cette fois, l’on n’y reviendra pas avant longtemps ! (Rapport de réception de l’orgue Puget, s.d.).

Pour cela, et après consultation de tous les organistes de la ville de Toulouse, ils approuvèrent le devis présenté par la Manufacture d’Orgues, Maison Puget et Fils, le 24 novembre 1875. Eugène Puget, second directeur de la manufacture, ne décevra pas ses commanditaires et c’est un orgue véritablement inouï à Toulouse que viendra inaugurer Alexandre Guilmant les 17 et 18 juin 1880.

L’orgue disposé en trois buffets encadrant les deux fenêtres du fond de l’église présente à l’œil du visiteur 159 tuyaux (dont 2 seuls chanoines) qui placés sur une seule ligne, comme dans les orgues ordinaires, formeraient une façade de vingt et un mètres de largeur (ibid.). Il est riche de 40 jeux répartis sur 3 claviers de 56 notes et un pédalier de 30 touches placés dans une console séparée. Les transmissions, actionnées par cinq machines Barker, portent leur mouvement à une distance de 14 mètres pour les plus longues d’entre-elles et actionnent près de 800 soupapes !

Les deux boites expressives du Positif et du Récit et leur remarquable efficacité impressionnèrent particulièrement les membres de la commission de réception : avec la double expression, l’organiste obtiendra des résultats magnifiques. L’art religieux et la splendeur du culte ne peuvent que gagner à l’introduction de ces effets entièrement nouveaux (Eugène Massip, commentaires du devis, s.d.). Ces boites actionnées par des pédales à bascule sont les premières du genre à Toulouse. _ Celles-ci, d’égale importance, confèrent à ces deux plans un rôle de soliste, tout en offrant toutes les possibilités de dialogues, d’oppositions, ou d’accompagnements, le grand orgue assumant dès lors la fonction de clavier de tutti.

Cet orgue devint l’archétype des réalisations d’Eugène Puget. Il apparut alors comme le plus novateur et le plus riche des orgues de Toulouse, mais aussi de tout le Sud de la France. Aucun autre instrument, pas même de Cavaillé-Coll, n’y atteignait un tel degré de perfection en termes de mécanisme, de maniabilité, et de raffinement dans la facture. Sur le plan de la sonorité, Eugène rompait également avec les habitudes, l’harmonie des fonds est généreuse et sombre, celle des anches de grand chœur d’une puissance et d’une rondeur hors du commun, les timbres de détail sont raffinés, les flûtes, toutes pavillonnées, d’une exquise rondeur.

L’instrument servira dès lors de modèle à de nombreux autres : Lodève : St-Fulcran (1883), Rodez : St-Amans (1885), Montpellier : Notre-Dame des Tables (1886), Béziers : St-Aphrodise (1887), Toulouse : Notre-Dame la Dalbade (1888)…

En 1919, Jean-Baptiste Puget effectue un relevage de l’orgue.

En 1939, Maurice Puget, neveu d’Eugène et dernier directeur de la manufacture modifiera la composition du Positif : les rangs du Cornet progressif 2 à 5 rangs seront séparés pour obtenir un cornet décomposé. Ils prendront la place d’un Kéraulophone 8’, d’une Dulciana 4’ et d’une Doublette 2’. L’Unda maris laissera quant à lui sa place à un Picolo 1’ neuf.

Texte de Jean-Claude Guidarini

Composition

Grand Orgue de l’église Notre-Dame du Taur (Toulouse)

3 claviers et 40 registres

Grand Orgue
56 notes

Montre 16’
Bourdon 16’
Montre 8’
Bourdon 8’
Flûte harmonique 8’
Salicional 8’
Prestant 4’
Quinte 2’ 2/3
Doublette 2’
Fourniture progressive 3 à 8 rgs
Bombarde 16’
Trompette 8’
Clairon 4’

Positif expressif
56 notes

Flûte d’orchestre 8’
Bourdon à cheminée 8’
Flûte 4’
Nazard 2’ 2/3
Doublette 2’
Tierce 1’ 3/5
Picolo 1’
Trompette 8’
Clarinette à pavillon 8’
Clairon 4’

Récit expressif
56 notes

Flûte harmonique 8’
Bourdon-Quintaton 8’
Viole de gambe 8’
Voix céleste 8’
Flûte octaviante 4’
Octavin 2’
Trompette harmonique 8’
Basson-Hautbois 8’
Voix humaine 8’
Clairon 4’

Pédalier
30 notes

Contrebasse 16’
Flûte ouverte 8’
Violoncelle 8’
Flûte 4’
Bombarde 16’
Trompette 8’
Clairon 4’

Accessoires

Sonnette pour les souffleurs
Anémomètre
Pédales de combinaisons

Orage
Tirasses G.O., Pos., Réc.
Octaves graves générales
Anches Péd., G.O., Pos., Réc.
Expressions Pos., Réc.
Appel G.O.
Pos. / G.O., Réc. / G.O., Réc. / Pos.
Trémolos Pos., Réc.

Console retournée
Mécanique à balanciers
5 machines Barker