La Saga des Puget, facteurs toulousains des XIXe et XXe siècles

Une dynastie de facteurs d’orgues à Toulouse

La saga des Puget, c’est l’histoire d’une petite affaire familiale qui devient une manufacture nationale en entrant dans l’ère industrielle.

Au début du XIXe siècle, il faut reconstruire les instruments détruits pendant la Révolution, remettre au goût du jour les orgues anciens, imaginer d’autres instruments pour de nouveaux usages et de nouvelles musiques.
L’orgue connaît alors un âge d’or, à Toulouse comme dans toutes les villes de France. L’instrument est à la mode, dans les lieux de culte mais aussi dans les salons, les cinémas et les théâtres.
En pleine révolution industrielle, l’instrument-machine fascine. Ingénieurs et musiciens s’allient dans une recherche de progrès technique.
Les goûts changent : les orchestres symphoniques ont des effectifs énormes et l’orgue cherche à leur ressembler. Il devient monumental.

Pour mener à bien ces grands travaux, des manufactures d’orgues se créent. La plus célèbre reste aujourd’hui celle d’Aristide Cavaillé-Coll. Mais à ses côtés, au premier plan, se trouvent aussi Joseph Merklin à Paris, Louis Debierre à Nantes et Théodore Puget à Toulouse.

En 120 ans (jusqu’en 1960) les trois générations de Puget construiront près de 350 orgues neufs. Avec les restaurations, relevages et réparations, ils interviendront au total sur 742 instruments.
On trouve leurs instruments dans quarante-quatre départements français, treize orgues rien qu’à Paris. Ils s’exportent en Algérie, Allemagne, Espagne, Italie. Ils s’étendront dans le Caucase, au Sénégal, en Inde, jusqu’à Madagascar et l’Ile Maurice.


- Théodore Puget, le fondateur
(Montréal d’Aude 1799 – Toulouse 1883)

Le patriarche de la maison Puget est un autodidacte, musicien, violoniste, organiste. Esprit curieux, il fut même horloger avant d’apprendre le métier d’organier auprès de Prosper Moitessier. Il s’installa à Toulouse en 1834 pour fonder la Manufacture d’orgues Puget & fils.
Le succès arriva vite. Il reconstruisit en quelques années les instruments de plusieurs grandes cathédrales du Midi : Narbonne, Alès, Nîmes, Perpignan, Béziers.



- Eugène Puget, le fils musicien
(Lagrasse 1838- Lavelanet 1892)

Brillant élève du Conservatoire de Toulouse, il était destiné à une carrière de musicien. Mais après le décès brutal de son frère aîné, Eugène Puget rejoignit l’entreprise familiale.
Doué, travailleur passionné, remarquable harmoniste, il laissa deux instruments magnifiques à Toulouse : l’orgue de Notre-Dame du Taur et celui de l’église de la Dalbade.

L’orgue du Taur devint le modèle des réalisations novatrices d’Eugène Puget. À l’époque (1880), cet instrument était le plus révolutionnaire de tout le sud de la France. Avec sa mécanique parfaite et ses sonorités inouïes, c’était le seul orgue toulousain adapté aux exigences musicales de l’époque.

En 1885, le curé de la Dalbade commande un nouvel orgue à Eugène Puget. Il sera terminé en 1888, et c’est le plus grand instrument sorti des ateliers toulousains. Devant plus de mille auditeurs, il fut inauguré par Charles-Marie Widor. En 1923, le clocher de l’église de la Dalbade, le plus haut de la ville, s’effondra. Les tonnes de briques, de poutres et de métal firent des dégâts humains et matériels considérables. Mais par chance, l’orgue, situé à l’autre extrémité de l’église ne fut pas trop touché. Soucieuse de préserver l’admirable instrument, la ville de Toulouse le fit réparer immédiatement, alors même que l’église était encore à ciel ouvert !


- Jean-Baptiste Puget, le frère scientifique
(Toulouse 1849 – 1940)

Jeune frère d’Eugène, Jean-Baptiste était le dernier enfant de Théodore. Plus doué pour le dessin que pour la musique, Jean-Baptiste Puget était chargé des plans et des buffets des instruments. Passionné par les innovations techniques de son temps, il correspondait avec de nombreux scientifiques. Lorsqu’il succéda à son frère Eugène, il fit la promotion du système tubulaire pneumatique des orgues Puget, ce qui propulsa la manufacture sur la scène nationale et internationale. Son chef-d’oeuvre est l’orgue de la cathédrale d’Albi. Mais parmi ses nombreuses constructions, il fit aussi un orgue pour le théâtre des Champs Elysées à Paris et un autre... pour le cinéma Le Royal à Toulouse !


- Maurice Puget, la fin d’une époque
(Toulouse 1884-1960)

Le fils aîné de Jean-Baptiste était musicien comme son oncle Eugène. Il reprit les rênes de la Manufacture en 1922 qui s’éteignit avec lui, en 1960. Père de l’orgue néo-classique, il tenta, comme le voulait l’époque, de « baroquiser » certains instruments. À Toulouse il réalisa l’orgue de l’église Saint-Jérôme en 1936.