Portraits de deux facteurs d’aujourd’hui

Patrice Bellet et Jean Daldosso sont deux facteurs d’orgues gersois.

- Patrice Bellet

Quand il parle de son métier, Patrice Bellet a des étoiles dans les yeux.

Issu d’une famille mélomane, sensibilisé très jeune à l’orgue, c’est en assistant à 14 ans avec son père à un concert en Algérie qu’il trouve sa voie.
« C’est gros, bruyant, donc cela doit être très compliqué à l’intérieur » se dit alors le jeune Patrice. Faisant fi de l’avis de ses parents, qui ambitionnaient pour leurs fils un autre métier, il part à 18 ans faire son apprentissage chez Alfred Kern, le célèbre facteur d’orgue strasbourgeois.
Il n’a que 26 ans quand il vient s’installer dans le Gers en 1964, à l’époque véritable désert musical. Ce poète qui fait des vers avec les tuyaux d’orgue, ce « facteur artisan » comme il se définit lui-même, règne seul dans son atelier à l’ancienne de Saint-Créac ; ici, les machines se font rares. Comme tout facteur d’orgue, Patrice a ses passions : la restauration authentique de ces orgues des XVIIe et XVIIIe siècles en est une.
Il a également ses préférés. Par « leur qualité musicale et leur intérêt historique » dit-il, les orgues de Verdun-sur-Garonne et de Cucuron (Vaucluse), qu’il a restaurés en font partie. Quand il délaisse son Gers, il s’occupe de l’entretien du prestigieux orgue de la basilique Saint-Sernin à Toulouse.
Celui qui voue également un grand intérêt pour l’harmonium a un rêve : « créer un orgue à Saint-Créac ! ». Pour ce passionné, on sait déjà que son rêve deviendra réalité.


- Jean Daldosso

Jean Daldosso n’a que 15 ans quand il a la « révélation ».

Un concert dans sa ville gersoise de Gimont le met tellement en émoi, que Jean Daldosso décide aussitôt d’étudier l’orgue. Il poursuit sa formation à Toulouse avec l’organiste Jan Willen Jansen et mène en parallèle des études supérieures en génie électronique. À la carrière de musicien, il préfère celle de facteur d’orgues car dit-il « il aime le côté manuel et la sensibilité artistique de ce métier ».
En 1984, une fois son CAP de facteur d’orgues en poche, il installe son atelier à Gimont. Pour lui, le côté humain, -qu’il privilégie aux machines-, est primordial dans la réalisation d’un projet. La construction ou la restauration d’un orgue nécessite des compétences différentes. Ébéniste, tuyautier, décorateur… chacun apporte son savoir-faire, mais c’est avant tout un travail d’équipe.
Ce n’est donc pas le fruit du hasard si son atelier de 9 personnes emploie trois femmes, fait rarissime dans cette profession. Il s’est aperçu que cette mixité avait des conséquences favorables sur l’activité. De cette synergie humaine sont nées de belles réalisations. L’orgue du XIXe de Muret (Haute-Garonne) et l’orgue baroque allemand de Guignicourt (Aisne) ont valu à Jean Daldosso des médailles, méritées.